Vertigo Shot

Vertigo

« On va avoir besoin d’un plus gros bateau” [Les dents de la mer]

Travelling (n. m.) : Mouvement latéral de caméra. Techniquement, on pousse une grosse caméra sur des rails (une variante de la course de caddies, en quelque sorte)

Pour savoir ce qu’est un transtrav, ne cherchez surtout pas sur Google (et surtout pas Google image, malheureux !), vous risquez d’être déçu par les réponses obtenues.

Je veux parler bien sûr du « travelling compensé », donc d’une combinaison entre un travelling avant et un zoom arrière. Pas très clair ? Je vous illustre ça tout de suite, et même mieux, je vais vous dire comment réaliser cet effet vous-même, chez vous avec votre caméscope (oui, c’est un peu la rubrique “C’est pas sorcier” aujourd’hui).

Si, dans une même séquence, vous vous approchez du sujet que vous filmez et que vous réalisez en même temps un zoom arrière, le sujet occupera toujours le même espace dans le plan. Par contre, l’arrière plan va vous paraître plus large, produisant ainsi l’effet d’un arrière plan qui s’éloigne du sujet.

Vous voyez mieux ? Selon votre degré de cinéphilie, les exemples qui vous viendront en tête seront issus de films plus ou moins populaires : les uns citerons Sueurs Froides (d’où le nom de Vertigo Shot souvent donné par extension à cet effet visuel),  les autres citerons Les dents de la mer (ah vous voyez mieux tout de suite ?)

En schématisant à l’extrême, on rencontre principalement deux types d’utilisation de cette technique.

La première utilisation consiste à mettre le spectateur à la place du personnage. La caméra reflète au mieux la perception que le sujet a de l’action.

Dans Sueurs Froides, James Stewart est sujet au vertige et cette phobie est exprimée visuellement par un transtrav dans la séquence se passant dans les escaliers de la tour.

Annex - Stewart, James (Vertigo)_01

Dans Les dents de la mer (scène où Roy Scheider est témoin de l’attaque du requin) comme dans Razorback (scène où le chasseur aperçoit le sanglier géant), le transtrav représente l’effet de surprise (dans les deux cas, il s’agit de l’apparition du “monstre” au témoin).

jaws_48

[update 03.10.2010] Alexandre Aja offre un bel hommage à ce travelling compensé en filmant quasiment le même plan dans Piranha 3d, lorsque le personnage joué par Elisabeth Shue reçoit un appel de son fils qui lui annonce être coincé sur le lac dans un bateau en train de couler, à la merci d’une horde de piranhas préhistoriques.

La seconde utilisation consiste à donner une importance accrue à l’arrière plan. En général, il s’agit ici d’un zoom avant couplé à une travelling arrière. A l’inverse de la petite expérience décrite au début de cet article, vous allez avoir ici l’impression que le décor se rapproche du sujet.

Dans La haine, le décor parisien semble grandir, accentuant encore l’isolement des 3 protagonistes du film par rapport à la ville dans laquelle ils évoluent.

la_haine_2-78982

Même technique utilisée dans Les affranchis (scène où Robert de Niro et Ray Liotta sont attablés). A ce propos, il faut que je vous fasse une confidence : je n’ai jamais vu Les Affranchis (shame on me) et je ne connais du film que ce superbe transtrav (grand merci à Vodkaster).

affranchis05

Et on peut multiplier les exemples : cet effet constitue un des éléments de la grammaire cinématographique et Stanley Kubrick, entre autre, l’a souvent utilisé. A vous de jouer et de dénicher les autres scènes de films utilisant un transtrav.

Je ne peux pas terminer ce post sans vous orienter vers l’article Destination Travelling, publié sur le blog Vodkaster, présentant, non seulement ce type de travelling, mais aussi tous les autres techniques de travellings qui constituent une partie du “vocabulaire” à disposition des réalisateurs.

Et pour une petite playlist Vodkaster sur le sujet, c’est par ici que ça se passe.

Et pour quelques séances de plus, vous pouvez aller voir …

  • Sueurs froides (Vertigo, Alfred Hitchcock, 1958)
  • Les dents de la mer (Jaws, Steven Spielberg, 1975)
  • Razorback (Russell Mulcahy, 1984)
  • Les affranchis (Goodfellas, Martin Scorsese, 1990)
  • La haine (Mathieu Kassovitz, 1995)
  • Piranha 3d (Alexandre Aja, 2010)

Bonne séance … et à lundi prochain

8 Responses to Vertigo Shot

  1. Pathien dit :

    Il faut aussi combiné le transtrav avec la musique qui accentue l’effet =)

  2. Knorc dit :

    A part Vertigo, je crois que j’aurais été incapable de citer un autre film qui utilise cet effet.
    Pour ceux qui se demandent encore à quoi ca ressemble : http://bit.ly/ai2SdY

  3. Ouais c’est bien joli toute cette machinerie mais il faut tout de même préciser que lorsque Jimmy joue les pervers polymorphes avec son air de garçon bien sous tous rapports, c’est quand même lui le meilleur…

    • TweeterPan dit :

      C’est sûrement pour cet air angélique que Hitch l’a employé à la fois dans « Sueurs Froides » et dans l’ultra-voyeuriste « Fenêtre sur cour ». Sacré Jimmy !

  4. jossjoss dit :

    Slt,
    je suis en prepa scientifique, et j’ai un TIPE à produire ( sorte d’exposé avec une recherche scientifique…) et je pensais le faire sur le dolly zoom.
    Serait il possible d’avoir des explications techniques.
    De plus, j’ai une autre petite question: dans les videos que j’ai vu, il y a quelque imprécisions, sont elle du au fait que ce sont des videos amateur, ou existe il vraiment un probleme de reglage?
    Merci d’avance
    jossjoss

    • joel dit :

      Hello JossJoss. Je ne suis qu’un modeste cinéphile amateur, je ne peux donc pas t’apporter d’explications techniques concernant le procédé. Quand aux vidéos, qu’entends-tu par « imprecisions » ? Le montage vidéo Youtube (plus disponible hélas) était en effet un montage amateur composé d’extraits passés en accéléré, d’où peut être le sentiment d’étrangeté. Tu peux trouver les extraits de manière indépendante sur Youtube en cherchant « Dolly Zoom ». http://www.youtube.com/watch?v=iv41W6iyyGs

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