Meurtre d’un bookmaker chinois

Meurtre

De John Cassavetes, je ne connaissais que le minimum que tout cinéphile doit connaître : son amour pour les gens ordinaires et les héros du quotidien, son style ressemblant à de l’improvisation mais en réalité parfaitement contrôlé, sa famille d’acteurs constituée de son épouse Gena Rowlands, de Ben Gazzara, Peter Falk ou encore Seymour Cassel. Je l’avoue, je n’avais jusqu’à présent vu aucun de ses films.

Avec cet article, Cinetrafic m’offre l’occasion de découvrir l’oeuvre du cinéaste au travers d’un de ses films phares : Meurtre d’un bookmaker chinois.

Le film s’ouvre à la terrasse d’un café. Cosmo Vitelli, interprété par Ben Gazzara, retrouve un homme à qui il avance une grosse somme d’argent, sans demander le moindre service en retour. « Cosmo, tu es un prince ».  En une seule scène, le décor est planté.

Evoluant comme un seigneur dans un milieu grouillant de minables, de gangsters et de « girls », Cosmo, patron d’une boîte de strip-tease ne pense qu’à faire vivre son affaire.

L’argent gagné est aussitôt réinvesti dans le club, quand il n’est pas distribué aux gens de son entourage. Le point faible de cet homme est le poker. Un soir, il contracte une dette auprès de mafieux qui lui proposent un marché : éponger la dette en échange du meurtre d’un bookmaker.

Il y a deux niveaux de lecture pour ce film : on peut le voir comme un classique film noir, centrée sur l’histoire de cet homme instrumenté par la mafia, n’ayant plus le choix et devant exécuter un homme qu’il ne connait pas, au mépris de son propre code d’honneur. On peut aussi le voir, comme l’explique John Cassavetes à Michel Ciment dans un entretien proposé dans les suppléments du dvd, comme la lutte d’un homme confronté à des inconnus décidés à s’interposer entre lui et ses rêves.

Ses rêves, Cosmo, les vit au quotidien. Son club n’a rien de reluisant, ni les filles, ni les numéros produits ne sont de grandes qualités, mais c’est son club avant tout. Il aime les filles qui travaillent pour lui, ses clients et les gens qui l’entourent.

En filmant au plus près des visages, Cassavetes nous fait partager la moindre angoisse ressentie par Cosmo. Jusqu’à cette scène du meurtre, pivot du film, où la caméra semble suivre l’influx nerveux, effectuant la mise au point successivement sur Cosmo puis sur le canon du flingue, pour enfin revenir de nouveau une fois le coup parti sur l’expression du visage de Cosmo.

Cassavetes nous dresse le portrait d’un homme qui va passer en une nuit, à cause d’une mauvaise main au poker, du statut de simple quidam au rang d’assassin, et de l’impact d’un simple grain de sable dans une vie ordinaire. Durant 2h, le spectateur entre dans la peau de Cosmo Vitelli.

Le film vient d’être réédité en dvd, en même temps que 2 autres titres de John Cassavetes : « Opening Night » et « Une femme sous influence ». Malheureusement, aucune édition Blu-ray ne semble prévue.

Le film est proposé dans sa version longue d’origine de 1976. Côté image, le film est présenté au format 1:85 16/9. Côté audio, il s’agit d’un Dolby Digital 1.0 en v.o. sous-titrée uniquement.

Curieusement, les suppléments présents sont bien plus nombreux  que ce que prétend la jaquette. Au programme, pas moins de 5 bonus :

  • Meurtre d’un bookmaker chinois par le réalisateur Claude Miller – 9mn
  • Conversation avec Ben Gazzara et Al Ruban (producteur) - 18mn
  • Scènes commentées par Peter Bogdanovitch (réalisateur et ami de Cassavetes) et Al Ruban – 10 scènes – 52mn
  • Entretien avec John Cassavetes par Michel Ciment (Festival de Berlin 1978) interview audio illustré de larges extraits du film, chapitré en 5 parties – 16mn
  • Biofilmographies de John Cassavetes, Ben Gazzara et Seymour Cassel

Le film est présenté par Patrick Brion, historien du cinéma et inimitable voix du Cinéma de Minuit.

Cinetrafic a également établi une liste de films caractéristiques de ce courant appelé le nouvel Hollywood que je vous invite à consulter pour découvrir les oeuvres indépendantes qui ont marqués les années 70.

Si Meurtre d’un bookmaker chinois est un bon point d’entrée dans l’oeuvre de Cassavetes, je compte bien continuer mon exploration de sa filmographie. Et vous en reparler, pourquoi pas, dans un futur article.

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