L’aigle de la neuvième légion

Eagle of the Ninth

Tu aimes les films de gladiateurs ? La réponse n’est pas toujours évidente. Personnellement, quand quelqu’un me pose la question, j’ai tendance à me méfier.

Le péplum est généralement associé à l’Empire Romain, aux combats de gladiateurs, aux courses de chars et aux batailles gigantesques, bref une bien belle épopée humaine remplie de centurions musclés et d’esclaves itou.

Mais l’action ici ne se passe pas à Rome mais en Angleterre, à l’extrême limite de l’Empire Romain. Nous sommes au IIème siècle et l’empereur Hadrien a érigé un mur pour protéger le sud de l’île des attaques des tribus calédoniennes de l’actuelle Ecosse (si j’en crois Wikipedia que je cite in extenso ici, tel un Michel Houellebecq qui oserait divulguer ses sources – ce qui est proprement impensable).

Un jeune centurion, Marcus Aquila, prend son premier commandement dans la région où  a disparu son père, ainsi que les 5000 hommes de la Neuvième Légion qu’il commandait. L’aigle d’or, emblème de la toute puissance de Rome qui ornait l’étendard de la légion a lui aussi disparu, probablement tombé aux mains de l’ennemi.

Blessé lors d’une bataille, Marcus est démis de ses fonctions.  Il est envoyé chez son oncle, où il apprend que l’aigle de la Neuvième Légion a été aperçu dans les terres du Nord, au-delà du mur d’Hadrien. Décidé à laver l’honneur de son père et de Rome, le centurion franchit le mur accompagné d’un seul esclave, Esca, sur les traces de la Neuvième Légion.

Agréable surprise que cet aigle-là. J’étais un peu réticent sachant que c’est Channing Tatum (G.I. Joe, Sexy Dance) qui interprète Marcus Aquila. Pas forcément l’acteur le plus expressif de sa génération. Mais il arrive ici à faire passer les tourments intérieurs de ce fils portant le poids du déshonneur familial. Face à lui, Jamie Bell (Billy Elliot) est parfait en esclave haïssant l’occupant romain mais faisant de la parole donnée un lien sacré entre lui et son maître.

Donald Sutherland, acteur monumental, apporte charisme et sagesse au personnage de l’oncle de Marcus Aquila. Bonne surprise du film : le personnage de Guern, interprété par Mark Strong (Green Lantern, Sherlock Holmes, Kick-Ass) dans un contre-emploi. Dernièrement abonné aux rôles de super-méchants, l’acteur a l’occasion ici de montrer l’étendue de son talent. Face à Channing Tatum, Tahar Rahim (Un prophète) campe un prince barbare glaçant.

Le directeur de la photo Anthony Dod Mantle (Festen, Le dernier roi d’Ecosse, Slumdog Millionaire, 127 heures) a particulièrement soigné la lumière et l’atmosphère de chaque scène. Venu du monde du documentaire, Kevin Macdonald (Le dernier roi d’Ecosse, Jeux de pouvoir) a réellement le sens du cadre. Entre deux plans sur les majestueux paysages d’Ecosse, le réalisateur prends le temps de filmer au plus près les dos, les bras, les corps en mouvement. Ce choix artistique éloigne ce péplum des fresques épiques hollywoodiennes qu’elles soient classiques (Spartacus) ou modernes (300, Gladiator).

Les dialogues ont autant d’importance que les scènes de batailles, scènes brillamment chorégraphiées et dont la force est encore amplifiée par le montage volontairement « cut ». Par ailleurs, le découpage du récit en périodes (prise de commandement de Marcus Aquila / retraite dans la maison de son oncle / périple au-delà du mur d’Hadrien) donne du rythme à l’ensemble. Les images sont magnifiquement complétées par une bande originale empreinte de folklore celte.

Seul point négatif : L’aigle de la Neuvième Légion se termine par une dernière scène où l’introduction d’un trait comique fait s’effondrer brusquement la force dramatique du film. Dommage.

A son habitude, Metropolitan Film Export propose le même contenu éditorial sur le dvd et le Blu-Ray : un commentaire audio de Kevin Macdonald, une fin alternative intéressante, un making of de 47mn en forme de journal de tournage, une série d’entretiens avec les acteurs Tahar Rahim, Jamie Bell et le réalisateur, des scènes coupées (dont une course de char entièrement montée, l’occasion de découvrir le rôle – coupé au montage final – joué par l’écossais Douglas Henshall célèbre pour avoir joué le rôle principal de la série Nick Cutter et les portes du temps).

Notre partenaire Cinétrafic a établi un florilège de films retraçant les guerres de l’Empire Romain.

Injustement boudé par le public lors de sa sortie en salle, L’aigle de la Neuvième Légion mérite une seconde chance en dvd/Blu-Ray. J’ai découvert grace à ce film un réalisateur que je ne connaissais pas et que je vais désormais suivre de près.

Bonjour chez vous !

3 Responses to L’aigle de la neuvième légion

  1. Gendar dit :

    J’étais complètement passé à côté de ce film. Mais ta critique fait bien envie. Surtout que personnellement, j’aime bien les films de gladiateurs. Je vais me le noter dans un coin celui-là

  2. FredMJG dit :

    mais je rêve ! t’as spoilé là !
    Mark Strong est censé être MORT ! ça doit être une SURPRISE quand on le voit se pointer !
    pfffft !
    A part ça, oui, j’aime bien voir les films ousqu’il y a des p’tits gars en jupette.

    • joel dit :

      Heu non, d’abord je n’ai jamais précisé qui était Guern par rapport aux autres et ensuite le personnage apparaît dans la bande-annonce donc je n’ai absolument rien spoilé. Par contre, ton comm avec des majuscules … là, c’est du HUGE SPOIL !

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