Talk Radio

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Dans les années 80, Barry Champlain est animateur vedette d’un talk show nocturne diffusé au Texas. C’est l’avènement des radios libres et Barry mène son émission à sa guise, en toute liberté, adorant provoquer les auditeurs qui appellent au standard de l’émission : insomniaques, marginaux, détraqués, les appels s’enchaînent donnant à Barry l’occasion de démolir un à un les idéologies primaires qui empoisonnent l’Amérique profonde.

Ce jour-là, son producteur lui annonce que le show va être diffusé au niveau national. Barry ne risque-t-il pas de perdre sa liberté de ton ? Va-t-il résister à la double pression de sa hiérarchie et d’une partie de son public, de plus en plus hostile et menaçant ?

« Sticks and stones may break your bones but words cause permanent damage »

Je l’avoue, j’avais loupé ce film à l’époque, probablement parce que le Oliver Stone de Platoon ne m’avait pas convaincu de son talent. L’époque était au film de guerre (Salvador du même Oliver Stone et Rambo bien sûr) et je voyais d’un mauvais oeil cet ancien du Vietnam reconverti dans le cinéma. Grave erreur puisque Stone a fait la carrière qu’on connait. Et que dès Talk Radio, celui-ci prouve qu’il est capable de captiver le spectateur sur un film à petit budget.

Alors soyons clair, Talk Radio est une énorme claque. Il est dommage qu’Eric Bogosian (auteur et interprète de la pièce dont est inspirée le film, récompensé pour sa performance en 1989 par l’Ours d’argent au Festival International du Film de Berlin) n’ai pas été plus sollicité par le cinéma depuis. Il porte le film sur ses épaules, constamment à l’image incarnant son personnage avec une intensité folle. Barry se base sur la liberté d’expression à tout prix sans s’apercevoir que c’est cette même liberté d’expression brandie comme un étendard qui conduit l’auditeur moyen à venir s’exprimer au micro de son show.

Stone illustre parfaitement l’évolution du personnage dans deux scènes du film : un flashback sur la rencontre de Barry et de son idole présentateur vedette de talk show, puis dans le présent, la rencontre de Barry avec Kent, un de ses fans devenu incontrôlable au micro. En un regard de Barry vers Kent, tout est dit : le jeune fou que Barry était à ses débuts regarde avec mépris la relève issue du Texas profond.

Huis clos

Adapter à l’écran une pièce de théatre est en soi un exercice casse-gueule. Dans le cas de Talk Radio, les dialogues entre Barry et ses auditeurs sont d’ores et déjà captivants. Ils tiennent le spectateur en haleine, baignant le film dans une atmosphère menaçante de la première à la dernière image.

Oliver Stone apporte toutefois du dynamisme à l’histoire en jouant avec l’espace du studio de radio dans lesquels les protagonistes sont enfermés. Barry est littéralement le centre de l’action : au micro de l’émission, il est observé et jugé par ses collaborateurs à travers les cabines vitrées entourant le studio. Dans l’entretien figurant en supplément, Stone avoue que filmer dans ce studio était un véritable cauchemar car il fallait éviter le moindre reflet sur les vitres.

Le réalisateur s’en sort magistralement, multipliant les angles de vue dans cet espace clos. Les jeux de lumière éclairant puis plongeant dans la pénombre du studio les visages des personnages apportent une émotion supplémentaire, représentant via l’éclairage l’angoisse non exprimée des personnages entourant Barry, condamnés au silence par le panneau lumineux « On Air ».

Construit comme une graduelle montée en intensité, le scénario joue sur de multiples enjeux, tous circonscrits aux murs du studio : à la joute verbale et psychologique qui oppose Barry à ses auditeurs s’ajoute d’autres conflits : la lutte pour l’indépendance et la liberté de ton représentée par l’opposition entre Barry et son producteur (Alec Baldwin dans un de ses meilleurs rôles : parfait !), mais aussi le triangle amoureux qui se construit entre Barry, sa collaboratrice/girl-friend et son ex-femme, de retour et toujours attachée à lui.

Cette triple pression finit par jaillir lors d’une scène intense où Barry, dans un grand monologue, crache sa colère au micro, la caméra virevoltant autour de lui, comme la spirale infernale dans laquelle Barry s’enfonce encore et encore.

Filmer la colère

Distribué depuis le 18 janvier 2012 en DVD (pour la première fois !) par Carlotta Films dans un nouveau master restauré, Talk Radio est accompagné d’un entretien de 27mn avec Oliver Stone, revenant vingt ans après sur les circonstances qui l’ont poussé à tourner Talk Radio, pour se faire techniquement la main sur un film à petit budget avant d’entamer le projet Né un 4 juillet.

La restauration du film offre un superbe rendu des jeux d’éclairages qui obscurcissent ou éclairent alternativement les visages des protagonistes. Très beau travail.

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Talk Radio (1988)
Réalisé par Oliver Stone DVD9

VO/VF : dolby surround
Sous-titres français
Format 1:85 respecté
16/9 compatible 4/3

Suppléments :
- Filmer la colère : Oliver Stone sur Talk Radio (27mn)
Oliver Stone revient sur l’histoire du tournage, 20 ans après
- Bande-annonce du film

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