Bonjour chez vous !
D’aussi loin que remonte ma mémoire télévisuelle, Claude Chabrol me semble toujours avoir fait partie de mon univers.
Quand tu es enfant, le cinéma français se résume souvent aux films du dimanche soir, à Bourvil et De Funès. La Nouvelle Vague, tu n’en as encore pas entendu parler. Godard et Truffaut, tu connais pas. Mais ce drôle de petit bonhomme à lunettes qui se fait inviter à toutes les émissions te paraît immédiatement sympatique.
Un jeu télé basé sur les tours de magie présenté par Gérard Majax ? Hop, Chabrol fait partie des invités. Polac enflamme le paysage audiovisuel français avec son émission Droit de réponse ? Hop hop, entre deux engueulades, tu retrouves Chabrol goguenard vautré dans les bras de Marielle Goitschel. Quel que soit le sujet de l’émission, Claude Chabrol participait volontiers, abordant tous les sujets, intarrissable quand il s’agissait de parler de sa carrière, du cinéma et de tous les plaisirs qui jalonnaient sa vie d’épicurien.
Car les tournages du maître de la Nouvelle Vague étaient réputés pour leur convivialité, devant la caméra comme à la cantine où les meilleurs vins accompagnaient la cuisine du terroir.
C’est probablement cet appétit qui ne se limitait pas au monde du cinéma qui a conduit Claude Chabrol à collaborer en 1988 à une bien singulière aventure télévisuelle. A cette époque, Canal+ et Antenne 2 mettent en chantier la production d’une série de téléfilms au format court (18 épisodes de 25mn, à ma connaissance une première en France) dans l’esprit des épisodes de Alfred Hitchcock présente.
Même univers (suspense teinté de fantastique), même traitement. La formule était séduisante. Restait à trouver les ingrédients permettant de transformer cette simple idée en production trois étoiles. Il suffisait de demander à plusieurs réalisateurs français renommés (Patrice Leconte, Pierre Jolivet, Romain Goupil, Régis Wargnier, …) de réaliser chacun un épisode de la série, de faire appel à un casting de stars (Thierry Lhermitte, François Cluzet, Marie Trintignant, Jean Carmet, Michel Piccoli, Jean Rochefort et même notre ministre de la culture Frédéric Mitterrand en improbable inspecteur de police) et de trouver l’homme qui participera aux prologues et épilogues de chacun des épisodes, un réalisateur ayant un univers et un sens de l’humour noir très proche de celui de Sir Alfred Hitchcock.
Diffusé en 1988 et présentée, vous l’avez deviné, par un Claude Chabrol en roue libre, la série Sueurs Froides, adaptée des nouvelles de l’écrivain aveugle Louis C. Thomas, représenta une tentative pour la production française de s’approcher des éléments qui font le succès de la production internationale. Le tout reste très « qualité France » dans le traitement et a certes un peu vieilli. Mais le générique (jolie réalisation d’Arnaud Sélignac bourrée de références hitchcockiennes) ainsi que les incursions de Chabrol dans les 18 épisodes apportent un charme fabuleux à chaque court métrage qui composent la série.
Une série télé diffusée il y a 30 ans ? Quelle est la chance pour que vous qui me lisez puissiez voir un jour les épisodes mythiques de Sueurs Froides ?
Et bien, grâce à l’apparition des chaînes Youtube, j’ai le plaisir de vous annoncer que l’intégralité de la série est disponible en streaming gratuit et légal (oui, pincez-vous, aye ! Voila). Une si rare occasion de voir ou revoir une des séries les plus marquantes et ambitieuses de la télévision françaises ne se refuse pas.
Voici en guise de mise en bouche un des épisodes de la série. Admirez au passage la présentation toute chabrolienne de l’épisode. Pour le reste de la série, je vous conseille de regarder tout ça directement sur Youtube en plein écran, et de me donner votre avis (ravi ou déçu) dans les commentaires de cet article.
Ah, j’oubliais : ceux qui sont arrivés au terme de chaque épisode auront, cerise sur le gateau, découvert l’origine de cette si étrange phrase qui clôt la plupart des articles de ce blog. Et comme le dit si bien Claude Chabrol …
… bonjour chez vous !
























